
Notre commande Unix du Vendredi soir : mkdir
Vous connaissez ce moment un peu agaçant où vous devez organiser un nouveau projet ? Ouvrir le Finder, clic droit, Nouveau dossier, nommer, entrer dedans, refaire un clic droit pour un sous-dossier, recommencer pour le suivant.
Trois minutes plus tard, votre arborescence est en place. Mais votre concentration, elle, s’est envolée.
Le Terminal de macOS embarque depuis toujours une commande qui règle ce problème en quelques secondes : mkdir. Prononcez make directory et vous avez tout compris.
En une seule ligne, vous créez un dossier, dix dossiers, ou une arborescence entière prête à accueillir vos fichiers.
Le vrai plus se trouve dans l’option -p. Elle génère plusieurs niveaux de sous-dossiers d’un seul coup. Idéal pour lancer un nouveau projet, structurer un site web, ou monter une bibliothèque de documents parfaitement rangée avant même d’y déposer le moindre fichier.
Cette commande, présente sur tous les Mac depuis les premières versions de macOS, mérite un vrai coup de projecteur. Voyons ensemble comment elle peut transformer votre façon de créer des dossiers au quotidien.
Anatomie d’une commande discrète mais puissante
La commande mkdir appartient à la boîte à outils Unix historique intégrée à macOS. Sa mission est claire : créer un ou plusieurs répertoires dans le système de fichiers, à l’emplacement de votre choix.
La syntaxe de base tient sur une ligne :
mkdir [options] nom_du_dossier
Vous pouvez aussi passer plusieurs noms de dossiers à la suite, séparés par des espaces, pour en créer autant en une commande.
Voici les options les plus utiles à connaître, telles qu’elles apparaissent dans la man page macOS :
-p crée les répertoires parents si nécessaire. Autrement dit, si vous demandez mkdir -p Photos/2026/Vacances et que rien n’existe encore, mkdir fabrique les trois niveaux en une seule opération.
-v active le mode verbeux. La commande affiche chaque dossier créé, ce qui est pratique pour vérifier votre travail sur des arborescences complexes.
-m définit les permissions du nouveau dossier directement lors de sa création. Un exemple : mkdir -m 755 monDossier produit un dossier avec des permissions de lecture et d’exécution pour tous, et d’écriture pour votre utilisateur uniquement.
Sans option, mkdir refuse de créer un dossier si le nom existe déjà, et il renvoie une erreur si l’un des dossiers parents du chemin est absent. L’option -p corrige ces deux limites d’un seul geste. Elle ne renvoie pas d’erreur si le dossier existe déjà et elle crée automatiquement tous les niveaux intermédiaires manquants.
Un petit détail à retenir. Sur macOS, le shell par défaut est zsh depuis la version Catalina en 2019. Il accepte des raccourcis très pratiques comme l’expansion des accolades que nous verrons plus loin, et qui multiplie encore la puissance de mkdir.
Trois scénarios tirés du quotidien Mac
Préparer l’arborescence d’un nouveau projet Xcode
Vous démarrez un projet de développement macOS ou iOS. Vous voulez une structure propre dès le départ, sans passer dix minutes dans le Finder.
Ouvrez le Terminal, placez-vous dans votre dossier ~/Documents/ avec cd ~/Documents/, puis lancez :
mkdir -p ProjetSwiftUI/Sources/Views ProjetSwiftUI/Sources/Models ProjetSwiftUI/Resources/Images ProjetSwiftUI/Tests
En moins d’une seconde, vous obtenez une arborescence organisée. Un dossier ProjetSwiftUI contient Sources avec ses sous-dossiers Views et Models, un dossier Resources prêt à recevoir vos images, et un dossier Tests réservé aux tests unitaires.
Ajoutez l’option -v pour voir chaque création s’afficher dans le Terminal :
mkdir -pv ProjetSwiftUI/Sources/Views ProjetSwiftUI/Sources/Models
Le shell vous confirme chaque dossier créé. C’est rassurant quand vous jonglez avec plusieurs niveaux d’imbrication.
Organiser une bibliothèque photo par années et par mois
Vous décidez enfin de ranger vos photos personnelles ou vos captures d’écran. Depuis le dossier ~/Pictures/, cette commande crée toute la structure d’un seul coup :
mkdir -p Archives/{2023,2024,2025,2026}/{Janvier,Fevrier,Mars,Avril,Mai,Juin}
La syntaxe avec les accolades s’appelle l’expansion des accolades. Elle est intégrée au shell zsh de macOS. Résultat concret : vingt-quatre dossiers sont créés en une seule commande. Quatre années, avec six mois chacune, parfaitement rangées.
Vous n’avez plus qu’à glisser vos photos aux bons endroits, ou à écrire un petit script pour automatiser le tri.
Créer un espace de test rapide sur le bureau
Vous testez une nouvelle procédure et vous voulez un dossier temporaire sans toucher à vos vrais fichiers. Cette commande fait le travail :
mkdir ~/Desktop/test-mkdir
Le dossier apparaît immédiatement sur votre bureau, prêt à être utilisé. Une fois vos tests terminés, un simple déplacement vers la corbeille fait disparaître la trace.
Petit bonus, si vous voulez également que ce dossier ait des permissions restreintes dès sa création, par exemple pour éviter que d’autres utilisateurs de votre Mac n’y accèdent :
mkdir -m 700 ~/Desktop/test-prive
Le mode 700 signifie que seul votre utilisateur peut lire, écrire et entrer dans ce dossier. Utile pour des tests contenant des informations sensibles.
Le combo qui automatise tout
mkdir prend toute sa dimension lorsqu’on l’associe à d’autres commandes Unix. Voici deux exemples concrets qui montrent la puissance des combinaisons.
Créer un dossier daté automatiquement pour vos sauvegardes.
mkdir -p ~/Backups/$(date +%Y-%m-%d)
Le morceau $(date +%Y-%m-%d) insère la date du jour au format année-mois-jour, en s’appuyant sur la commande date intégrée à macOS. Vous obtenez un dossier ~/Backups/2026-07-10 qui pourra accueillir vos fichiers de sauvegarde du jour.
Le lendemain, un autre dossier sera créé avec la nouvelle date, sans conflit possible. Cette astuce est particulièrement pratique dans des scripts de sauvegarde ou en association avec rsync.
Préparer un espace de rédaction complet en une seule ligne.
mkdir -p ~/Documents/Articles/2026/Juillet && touch ~/Documents/Articles/2026/Juillet/{brouillon,notes,references}.md
L’opérateur && enchaîne deux commandes. Le dossier est créé d’abord, puis trois fichiers Markdown vides apparaissent à l’intérieur, grâce à la commande touch. Pratique pour démarrer chaque nouvel article sur des bases identiques, avec un brouillon, des notes et un fichier de références déjà en place.
Vous pouvez aussi combiner mkdir avec un pipe et la commande xargs pour créer des dossiers à partir d’une liste. Cet exemple prend une liste de noms dans un fichier texte et crée un dossier pour chacun d’eux :
cat noms.txt | xargs -I{} mkdir -p Clients/{}
Si votre fichier noms.txt contient trois lignes avec des noms de clients, vous obtenez trois dossiers dans Clients/, sans avoir à taper chaque nom à la main.
Un réflexe qui fait gagner du temps
La commande mkdir est probablement l’une des premières que vous adopterez durablement. Elle remplace une série de clics par une phrase courte, et son option -p évite les allers-retours quand vous manipulez des arborescences complexes.
Elle a aussi l’avantage d’être scriptable. Une fois que vous savez organiser vos projets avec mkdir, vous pouvez enregistrer vos commandes favorites dans un fichier de script ou un alias, et lancer toute une structure en tapant un seul mot dans le Terminal.
Prenez cinq minutes pour tester ces exemples dans votre dossier ~/Documents/ ou sur votre bureau. Créez, supprimez, recréez. Une fois le geste acquis, vous ne reviendrez plus jamais au clic droit du Finder pour bâtir vos structures de dossiers.
Prochaine étape naturelle : la commande touch, qui complète parfaitement mkdir en créant les fichiers vides à l’intérieur des dossiers que vous venez de générer.
Vous avez une question, une idée ou une remarque ? Je serai ravi de vous lire ! ✉️ henrido@hdrapin.com
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